Aerodream. Architecture, design et structures gonflables, 1950-2020

ExpositionsAerodream. Architecture, design et structures gonflables, 1950-2020

Du 21 novembre 2020 au 19 avril 2021.

Lieu(x) : Galerie 2
Catégorie : Expositions
Public : Tout âge

Si le rêve du vol accompagne l’homme depuis Icare, c’est bien avec l’idée d’une enveloppe gonflable, se substituant au déploiement des ailes, qu’il devient effectif à partir du 18e siècle. L’histoire des gonflables, parallèle à celle de l’aéronautique, est celle du développement d’un rapport plus organique à l’aérien. L’enveloppe est une métaphore de la peau, une protection pour un corps, permettant une proximité immédiate avec l’air. Le gonflable porte en lui l’idée du pneuma, du souffle ; un rapport immédiat au vivant, à l’évènement, à la vie.

L’exposition révèle cette dimension humaine du « pneumatique », des premières exploitations industrielles et militaires (dirigeables, ballon-sonde, ensembles flottants et leurres gonflables…) aux expériences développées par des nombreux artistes, designers et architectes.

Au milieu du XXe siècle, l’apparition de nouveaux matériaux (caoutchouc et dérivés, plastiques, résilles tissées…) a démultiplié les usages et applications possibles des structures gonflables.
Dans la lignée des « utopies réalisées » de Richard Buckminster Fuller, de nombreux architectes donnent au gonflable une crédibilité architectonique, comme Victor Lundy, Walter Bird, Frei Otto, Gernot Minke, Cedric Price ou Arthur Quarmby. En mai 1967, un colloque sur le sujet fait événement à Stuttgart et constituera la référence pour des collectifs en quête d’une nouvelle architecture mobile et modulable comme Archigram, Ant Farm, Eventstructure Research Group, ainsi que pour des artistes du monde entier tels Graham Stevens ou Panamarenko, des architectes (Jean Aubert, Jean-Paul Jungmann, Antoine Stinco, Hans Walter Muller, Johanne et Gernot Nalbach ou Günther Domenig et Eilfried Huth). Mais c’est au travers de quelques expositions mythiques que le gonflable trouvera un écho international et une image publique, notamment l’exposition « Structures gonflables » au Musée d’art moderne de la Ville de Paris en 1968, les pavillons de l’Exposition universelle d’Osaka en 1970 (dont ceux de Yutaka Murata) et enfin la Documenta V de 1972 à Kassel où des artistes et architectes comme Christo, Hans Hollein, Haus-Rucker-Co, Coop Himmelb(l)au investissent l’espace public avec leurs œuvres.

Dès lors, le gonflable s’incarne en autant de mobiliers, d’habitations, de structures. Les polymères plastiques qui se généralisent vont ouvrir à une extraordinaire efflorescence de créations, des formes et des couleurs. Le mobilier de Bernard Quentin, A.J.S. Aérolande, Quasar, De Pas, d’Urbino et Lomazzi, accompagneront l’imagerie du pop art et celle d’une « ludicité » des décors et des usages.

Le débat écologique s’empare bientôt du sujet, car si à cette époque on ne se méfie pas encore du plastique et d’autres dérivés du pétrole, l’architecture gonflable apparaît au contraire comme une « architecture de l’air », se soustrayant à l’inscription définitive et irréversible dans le temps et l’espace, échappant à la fondation et aux matériaux lourds. En Angleterre par exemple, l’artiste Graham Stevens s’emploie à donner une dimension écologique à l’utilisation des structures pneumatiques.

Il acquiert aussi une fonction critique et politique. L’impermanence du gonflable lui donne en effet une dimension intemporelle, celle de l’évènement, de l’action, de la participation. Il est l’instrument d’une intervention, ce qui n’échappera pas aux artistes, comme ceux du Gruppo N, ou Piero Manzoni, Yves Klein, Hans Haacke, Otto Piene, Marinus Boezem, Lars Englund, Andy Wahrol… et aux architectes qui en feront l’instrument d’une alternative critique comme UFO, Utopie ou les créateurs de la scène radicale viennoise. Porteurs de la contestation qui gronde chez la jeune génération, les gonflables servent de prisme de lecture pour voir autrement le monde qui nous entoure (à l’instar des Urboeffimeri d’UFO) et pour vivre ensemble autrement (Instant City, Ibiza, 1971). Le gonflable est ainsi utilisé par le groupe A.J.S. Aérolande, formé de Jean Aubert, Jean-Paul Jungmann et Antoine Stinco, pour remettre en cause le concours du prix de Rome à la veille de mai 68 et proposer une nouvelle manière de bâtir, modulable, festive, sans cesse transformable.

Après la crise pétrolière de la fin des années 1970 qui sonnera le glas d’une idéologie de l’usage des plastiques, le gonflable s’efface progressivement, le courant post-moderne mettant à mal l’image de ce produit industriel. Mais depuis une dizaine d’années, avec l’apparition de nouvelles technologies plus écologiques, le gonflable retrouve ses lettres de noblesse et incarne une alternative pour nombres d’architectes (Diller Scofidio + Renfro, Nicholas Grimshaw, Arata Isozaki, Herzog & de Meuron, Snøhetta…). Le gonflable permet de réinventer les possibilités spatiales, introduit des expériences perceptives et cognitives différentes. L’apparition récente de textiles organiques laisse présager le développement de recherches où le gonflable pourra offrir de nouvelles options à l’architecture, au design, et introduire à de nouveaux principes constructifs, ce que démontrent les expériences d’Achim Menges, amid.cero9, Kengo Kuma, Mad Architects Zero, Selgascano…

Commissaires : Frédéric Migayrou, directeur adjoint au Musée national d’art moderne – Centre de création industrielle, Centre Pompidou et Valentina Moimas, conservatrice au service Architecture au Musée national d’art moderne – Centre de création industrielle, Centre Pompidou.