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Rebecca Horn. Théâtre des métamorphoses

ExpositionsRebecca Horn. Théâtre des métamorphoses

Du 8 juin 2019 au 13 janvier 2020

Lieu(x) : Centre Pompidou-Metz , Galerie 2
Catégorie : Expositions
Public : Tout âge

Le Centre Pompidou-Metz et le Musée Tinguely de Bâle font résonner de façon concomitante, à partir de juin 2019, deux expositions consacrées à Rebecca Horn. Elles offrent des perspectives complémentaires sur l’une des artistes les plus singulières de sa génération, dont certains pans de création restent encore méconnus. Théâtre des métamorphoses à Metz explore les processus de métamorphose, tour à tour animiste, surréaliste et machiniste et le rôle de matrice qu’a pu avoir sa pratique cinématographique, véritable mise en scène de ses sculptures. Fantasmagories corporelles à Bâle, en combinant des travaux performatifs de jeunesse et des sculptures cinétiques plus récentes, souligne les axes de développement internes à l’oeuvre et met l’accent sur les processus d’altération corporelle et de transformation des machines.

L’exposition Rebecca Horn. Théâtre des métamorphoses au Centre Pompidou-Metz met en lumière le riche éventail de formes d’expression déployées par l’artiste. Suite à une maladie pulmonaire, Rebecca Horn fait du corps le matériau privilégié de son œuvre. À travers son goût pour les associations paradoxales, elle met inlassablement en scène les antagonismes qui sous-tendent nos vies : sujet et objet, corps et machine, humain et animal, désir et violence, force et infirmité, harmonie et désordre. Le vivant et l’inerte apparaissent transfigurés, l'objet est doué d'âme, l'individu est caractérisé par sa fragilité physique et sa capacité à se réinventer. De là naît l’inquiétante étrangeté de son œuvre.

Rebecca Horn perpétue de manière unique des thèmes légués par la mythologie et les contes, tels que la métamorphose en créature mythique ou hybride, la vie secrète du monde des objets, les secrets de l’alchimie ou les fantasmes de corps-automates. Elle fait résonner ces thèmes fondateurs, qui ont peuplé de nombreux courants de l’histoire de l’art tels que le maniérisme ou le surréalisme avec l’histoire contemporaine. L’exposition souligne l’apport des pairs spirituels de l’artiste qui ont nourri son imaginaire : Man Ray, Marcel Duchamp, Meret Oppenheim, ou Constantin Brâncuși. Ses films sont sous-tendus par une énergie libératrice et anarchique où la poésie et l’humour désamorcent souvent la violence latente. Ils s’attachent d’abord à documenter ses performances intimistes et corporelles, puis s’affranchissent progressivement pour devenir l’arène privilégiée où les sculptures mécanisées et les acteurs sont engagés dans des récits tout à la fois tragi-comiques ou surréels.

D’un théâtre de l’intime, habité par son corps meurtri, elle s'ouvre progressivement au monde afin d'en rendre sensibles les vicissitudes et le déracinement des hommes déplacés par les conflits et l'exil, à l'image de son œuvre Bee’s planetary map, en référence à l’exil, et à ceux « qui ont perdu leur équilibre ». Rebecca Horn oppose au « mouvement de fuite » qui parcourt le monde, « une stabilité, un lieu où les êtres peuvent retrouver leur identité » 1. Elle exprime la force de l’art comme expression primordiale de la vie et de la conscience de soi, au-delà de toute limite. Cette exposition est une invitation à partager cette scène sensible afin qu'elle devienne pour le visiteur-spectateur « l’espace libre de sa propre imagination » 2.

 

1 Rebecca Horn, Doris von Drathen, Au point zéro des turbulences, in Rebecca Horn, catalogue d’exposition, Institut für Auslandsbeziehungen / Carré d’art, Nîmes, 2000, p. 168.
2 Rebecca Horn, à propos de Der Eintänzer 1978, catalogue d'exposition de Nîmes p.50

 

Commissaires :
Emma Lavigne, directrice du Centre Pompidou-Metz
Alexandra Müller, chargée de recherche et d’exposition, Centre Pompidou-Metz

 

 

Mécène fondateur :

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En partenariat média avec :

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Le projet retrace les processus d’émergence des œuvres, leur récurrence et leur transformation au cours de cinq décennies de création. Le visiteur traverse les différents actes du parcours, construit comme un théâtre des métamorphoses, en un va-et-vient dynamique au cours duquel les sculptures et objets mécanisés deviennent, de l’espace d’exposition au cinéma, les acteurs privilégiés des rituels et cycles de vie que l’artiste met en scène. Rebecca Horn envisage l’exposition comme une chorégraphie ou une composition musicale offrant au visiteur-spectateur une expérience, où les sons, les mouvements et les sentiments sont liés, et qui transcende toutes les catégories de l’histoire de l’art (Body Art, art vidéo, installation…) afin de rendre sensible, à travers le passage entre les différents médiums ce qu’elle envisage comme « une espèce d’équilibre artistique », une sorte de Gesamtkunstwerk en perpétuelle réinvention.

EN RÉSONANCE AVEC L’EXPOSITION THÉÂTRE DES MÉTAMORPHOSES

FANTASMAGORIES CORPORELLES
AU MUSÉE TINGUELY DE BÂLE

Rebecca Horn a toujours tiré son inspiration du corps individuel et de ses mouvements. Un choix qui s’exprime dans ses premières performances des années 1960 et 1970 à travers l’utilisation d’objets, des extensions anatomiques qui ouvrent la voie à de nouvelles perceptions tout en agissant comme des entraves. À partir des années 1980, l’artiste crée surtout des machines cinétiques et des installations explorant l’espace, auxquelles le mouvement donne vie. Le corps en action y est remplacé par un acteur mécanique. L’exposition bâloise Fantasmagories corporelles met l’accent sur ces processus de transformation, des corps augmentés aux machines en mouvements, qui caractérisent l’œuvre de Rebecca Horn depuis près d’un demi-siècle.

Ses sculptures corporelles, prothèses en matières textiles ou équipées de plumes, engagent à une exploration tactile de l’espace, à une expérience corporelle haptique. Au premier abord, elles contrastent fortement avec ces froides mécaniques de précision en métal, qui sont le propre de ses œuvres cinétiques ultérieures. Centrée sur le mouvement, la cinétique et les approches procédurales, la présentation du Musée Tinguely souligne a contrario la continuité de son travail. Dans les espaces d’exposition, ses œuvres performatives voisinent avec ses sculptures mécaniques plus tardives retraçant ainsi le déploiement des motifs du mouvement propre à l’artiste. Articulée en micro-récits et tenant compte d’une démarche qui transcende les limites entre médiums, l’exposition bâloise illustre, à travers quatre grands thèmes, l’évolution de son œuvre, une suite de « stations d’un processus de transformation » (Rebecca Horn).

Battre des ailes

Un premier groupe de travaux découle de la performance Weisser Körperfächer (« Éventail corporel blanc », 1972), où l’artiste fait écho à la vieille fascination de l’homme pour les créatures dotées d’ailes et de plumes. Au moyen de sangles, elle fixe à son corps une paire d’ailes semi-circulaires en toile blanche qui se déploient quand elle lève les bras. Ces voiles rigidifiées par des nervures évocatrices des premiers aéroplanes, font surtout songer, par leurs déplacements et la manière dont elles encadrent le corps, aux ailes d’un papillon. Un film documente la série de mouvements expérimentés avec ce dispositif : ouverture, fermeture, contrôle face au vent, modes de voilement et de dévoilement du corps, sans oublier le déploiement complet des ailes. Ce sont des modèles dynamiques dont Rebecca Horn poursuit l’exploration dans une série de sculptures comme le corps nu enveloppé par le plumage de la Paradieswitwe (« La Veuve de paradis », 1975), la parade de Die Pfauenmaschine (« La Machine-paon », 1979) ou du Hängender Fächer (« L’Éventail suspendu », 1982), la roue en plumes du Zen der Eule (« La Méditation de la chouette », 2010).

Circuler

Un deuxième espace d’exposition a pour objet les différentes formes de circulation : organique, mécanique et électrique. Le rôle central revient ici à l’Überströmer (« La Machine à faire circuler le sang », 1970) où l’homme est représenté tel un dispositif hydromécanique qui n’est pas sans rappeler le modèle historique de la machine dans l’étude scientifique du corps humain. L’œuvre est confrontée à l’installation Rio de la Luna (« La Rivière de la lune », 1992), un réseau proliférant de tubes dont les « chambres cardiaques » sont alimentées en mercure par des pompes. Dans le premier cas, la circulation sanguine, intérieure, est déplacée vers l’extérieur, contraignant le porteur du dispositif à l’immobilité et le réduisant ainsi à un simple objet mécanique, tandis que, dans le second, Rebecca Horn choisit de rendre visibles des courants d’énergie émotionnelle.

Tracer

Lignes dessinées et marques de couleur, considérés comme autant de traces des mouvements corporels, constituent un autre ensemble thématique de l’exposition bâloise. Ce motif est initié par le Bleistiftmaske («Masque-crayons», 1972), un inquiétant ustensile de dessin en forme de masque, qui confère au corps la fonction d’une machine à tracer dynamique et aveugle. L’artiste explore avec constance ce thème avec ses machines à peindre automatisées, dont deux modèles sont présentés ici (Salomé, 1988, et Les Amants, 1991). Les marques sont comprises non seulement comme des traces de mouvement physique, mais aussi comme l’expression d’un élan émotionnel et d’une passion. Le dessin en tant qu’inscription du corps et du psychisme est finalement repris dans les œuvres en papier grand format de la série Bodylandscapes, réalisées à la main, en 2004 et 2005, leurs dimensions faisant directement référence à la taille de l’artiste et à la portée de ses mouvements.

Toucher

Un dernier groupe thématique porte sur les extensions des mains et des pieds. L’une des premières œuvres de cette catégorie sont les Handschuhfinger («Gantsdoigts», 1972). À l’aide d’extensions en balsa recouvertes de tissu noir, l’artiste explore son environnement comme si elle était dotée de tentacules. Rebecca Horn a approfondi l’expérience avec des travaux cinétiques où elle recourt à plusieurs reprises à des objets du quotidien pouvant être compris comme des extensions corporelles au sens freudien, tels des pinceaux, des marteaux ou des chaussures à hauts talons (dans American Waltz, 1990). Les machines à écrire avec leurs claviers sont aussi des instruments qui prolongent nos doigts. Elles ont été utilisées par Rebecca Horn dans plusieurs travaux, dont La Lune Rebelle (1991), œuvre majeure exposée à Bâle: un ensemble de machines à écrire en action, suspendues au plafond. Les travaux de ce groupe offrent aussi une vision sociologique de la machine en tant qu’extension du corps, où se retrouvent de nombreux objets à connotation féminine.

Dr. Sandra Beate Reimann, commissaire d’exposition

Musée Tinguely
Paul Sacher-Anlage 1
Case postale 3255
CH-4002 Basel
T. +41 61 681 93 20
infos@tinguely.ch
www.tinguely.ch

La monographie que le Centre Pompidou-Metz consacre à Rebecca Horn explore les processus de création de l’artiste, mettant en évidence le dialogue qui s’établit entre ses œuvres cinq décennies durant, tout en opérant une mise en perspective avec ses sources d’influence – surréalistes, alchimiques, théâtrales et cinématographiques. En convoquant, sous forme de montage, différents régimes d’images, notamment un riche corpus de documents d’archives, cet ouvrage ouvre de nouvelles perspectives sur le travail de Rebecca Horn, relu à la lumière de thématiques transversales et d’essais inédits, de Philippe-Alain Michaud, conservateur chargé de la collection des films au Musée national d’art moderne Centre Pompidou à Paris, ainsi que des commissaires Emma Lavigne et Alexandra Müller.

 

Sous la direction d’Emma Lavigne et Alexandra Müller
Éditions du Centre Pompidou-Metz
Prix : 36€
216 pages
ISBN : 978-2-35983-056-9

Visite Rebecca Horn

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Führungen Rebecca Horn. Theater der Metamorphosen