Habiter la nuit

CinémasHabiter la nuit

Dimanche 9 décembre à 16:00

Lieu(x) : Auditorium Wendel
Catégorie : Cinémas
Tarif : 5€
Gratuit pour les titulaires du PASS-M
Public : Tout âge

Que le film soit fiction, document ou abstraction, qu’il représente le monde en plein soleil ou la nuit, dans la pénombre d’une ville ou d’une forêt, le cinéma a forcément, par nature, par contrainte technique, ce lien avec l’obscur . Écriture de lumière lorsqu’on le fait pencher vers le théâtre ou la littérature ; plasticité de la peinture lorsqu’on le fait pencher vers la représentation pure des caractères, des formes et des objets.
Rendez-vous pour cinq séances de projection accompagnées par une présentation, ayant toutes en commun l’évocation de la nuit. Quittant les sentiers battus, ces films, de toutes époques, courts ou longs métrages, classiques ou raretés, oeuvres historiques ou vidéos d’artistes émergents, seront des expériences uniques qui suivent la déambulation proposée dans l’exposition.

En partenariat avec les associations Ciné Art et L'œil à l'écran

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Films projettés :

Fayçal Baghriche, La Nuit du doute 2016 | 6’
Rêve-t-on en couleur ou en noir et blanc ? Partant d'un souvenir d'enfance, l'artiste s'interroge notamment sur le lien entre nuit et télévision, avec mélancolie et humour. Le titre, « La nuit du doute » vient du moment dans le calendrier musulman au cours duquel on observe le ciel afin de distinguer le fin croissant de lune qui indique le passage au mois suivant. Bien que les calculs astronomiques permettent de définir avec précision le passage d’un mois à un autre, seule l’observation tient lieu de validation. La vidéo s'ouvre avec cette narration : "Nous n'avions que trois chaînes, la une, la deux et la trois. Un jour, je regardais le décollage d'une fusée appelée Ariane 1. La fusée a commencé à s'élever dans le ciel, la caméra la suivait. La fusée montait, et la caméra continuait de la suivre, elle montait et la caméra suivait. Plus elle montait, plus elle rapetissait... Plus petite, de plus en plus petite. Jusqu'à ce qu'il n'y ait plus qu'un petit point blanc au centre de la télévision, et qu'elle disparaisse totalement dans l'obscurité de l'espace. Je me suis dit : Comment la caméra peut-elle filmer jusque dans l'espace ? En fait notre téléviseur venait de tomber en panne."
Fayçal Baghriche est né en 1972 à Skikda en Algérie, il vit et travaille à Paris.

Sirine Fattouh, A Night in Beirut 2006 | 8’
Dans les rues de Beyrouth, Sirine Fattouh filme un personnage de la nuit, une apparition, comme teintée de surréalisme. "Dans une de ses premières vidéos, A Night In Beirut, l'artiste suit « El Tabbal », celui qui circule dans la ville pour réveiller les dormeurs pour leur repas avant l'entame de la journée de jeûne pendant le Ramadan. Cet homme en robe blanche, Sirine Fattouh l'a entendu des années sans jamais pouvoir le voir, lors de son enfance passée à Beyrouth. Elle explique que cette vidéo était motivée par le fait de pouvoir mettre un visage sur cette voix qui constituait pour elle un son terrifiant et mystérieux jaillissant brutalement pendant les nuits du mois sacré du Ramadan, et provoquait l'émergence d'histoires fantastiques dans son esprit d'enfant. La sobriété de traitement de la vidéo lui donne une réalité poignante ; éloignée de toute manipulation esthétique, elle dévoile un espace dont l'étrangeté est accentuée par l'obscurité ambiante mais aussi par le côté abscons de l'acte lui-même dans un endroit et une époque marqués par la « modernisation »." (Texte de Mayssa Fattouh)
Sirine Fattouh est une artiste et chercheuse libanaise né en 1980, elle vit entre la France et le Liban.

Noa Giniger, Leaving Living 2005 | 10’
Cette installation vidéo (projetée ici en salle avec l'accord de l'artiste) présente en un seul plan fixe et muet le résultat filmé d’un dispositif : un lieu, la nuit, avec un bâtiment inachevé faiblement éclairé au bord d’une route ; le passage des voitures déclenche momentanément l’allumage d’une guirlande lumineuse. Mais la voiture a déjà filé au loin, et la guirlande scintille pour la caméra uniquement, qui essaie en vain de capter dans son grain la réalité de cette scène trop sombre et trop contrastée. Expérience de perception, vacuité du regard, condamnation de la subjectivité par l’automatisme d’un média (la vidéosurveillance) ? Noa Giniger crée souvent dans ses oeuvres des décalages et des troubles de la perception, comme lorsqu'elle remet temporairement vers le haut les branches d'un saule pleureur grâce à de puissants ventilateurs. Leaving Living est l'une des premières pièces de l'artiste.
Noa Giniger est une artiste israélienne qui vit et travaille à Amsterdam.

Neil Beloufa, Kempiski 2007 | 14’
Neil Beloufa évolue entre l'art contemporain (il a exposé au Centre Pompidou, au Palais de Tokyo, au Moma, etc.) et le cinéma expérimental, son dernier long-métrage, Occidental (2017) a été remarqué lors des festivals de Toronto, de Turin, de Rio, ou encore à la Berlinale. Cette vidéo, réalisée en 2007 et saluée par la critique, comme l'écrit Ingrid Luquet-Gad dans la revue 02, "posait déjà les jalons du vocabulaire de l’artiste. Dans ce qu’il avait lui-même qualifié de « documentaire ethnologique de science-fiction », des villageois maliens se succédaient à l’écran pour répondre à l’injonction de décrire, au présent, leur vision du futur. Il faisait nuit noire et les lampes torches qu’ils tenaient à la hauteur de leur visage finissaient immanquablement par ressembler à des sabres laser, accentuant encore un peu plus l’aller-retour entre réel et fiction." Bienvenue à Kempinski, ce documentaire de science-fiction n'a en effet ni script ni scénario : les récits se basent sur cette simple règle du jeu : imaginer le futur au présent. L'aspect séduisant de la vidéo mène vers des stéréotypes exotiques que l'artiste soulève, et invite à une lecture fictive de ce documentaire d'anticipation, au montage mélodique et hypnotique.
Neil Beloufa est un artiste franco-algérien né en 1985 à Paris.

Clemens Klopfenstein, Histoire de la Nuit (Die Geschichte der Nacht) 1978 | 63’
En virtuose de la caméra (de nuit, notamment), Clemens Klopfenstein a eu pour projet, dans ce film, de parcourir les grandes villes européennes et d’en filmer les nuits. Pendant près de huit ans, caméra à la main, il a arpenté les nuits urbaines, puis a longuement travaillé au montage pour réaliser ce film, qui est devenu un « classique » du cinéma, projeté à de nombreuses occasions et gardant toujours son audace et son originalité. La caméra passe d'atmosphère en atmosphère sans transition et sans préciser le lieu dans lequel nous nous trouvons, plongeant le spectateur dans le mystère de la nuit. Comme l'écrit Gérard Courant dans la revue Cinéma 81 à la sortie du film : "Dans un montage fort délicat, (Klopfenstein) mêle les images de villes hétéroclites et rassemble les pièces d’un puzzle dont les éléments sont écartelés aux quatre coins de l’Europe. C’est ainsi que le cinéaste a voulu son film et il ne s’agit pas ici de remettre en question un parti pris captivant qui structure la mise en scène de quelques riens – l’écoute du silence, le vide des lieux, quelques voitures et passants, les militaires de Belfast, une boîte de nuit, le déblaiement de la neige – pour les convertir en une somme de signes repérables : la non-communication, la jouissance de la nuit, l’ennui réinjecté dans la contemplation, l’attente, l’enfermement. (...) Le seul lien établi entre ces univers à première vue dissonants, c’est la nuit. La nuit qui emmitoufle le réel pour en extraire le suc d’une réalité nouvelle (lisez : cinématographique), effrayante et douce, traquée et pulpeuse, transitoire et suspendue au rasoir du jour."