Eva Aeppli

ExpositionsEva Aeppli

Du 7 mai au 14 novembre 2022

Lieu(x) : Galerie 1
Catégorie : Expositions
Public : Tout âge

Les nombreuses cartes de visite distribuées par Eva Aeppli – où elle se présente en « Consultante en Wouzi et Wouzi-Wouzi », « Philosophe », « Professeur de vie » ou encore en « Acrobate entre Ciel et Terre » – révèlent l’esprit singulier de cette artiste encore méconnue.

Née en 1925 à Zofingue, en Suisse, Eva Aeppli grandit près de Bâle où elle suit l’enseignement anthroposophique de l’école de Rudolf Steiner. La période de la Seconde Guerre mondiale marquera durablement la jeune artiste qui, sous l’influence de son père, suit avec angoisse la progression nazie à travers l’Europe.

De ce traumatisme fondateur naît l’engagement sans faille d’Eva Aeppli, incarné en 1968 par l’installation qu’elle imagine en hommage à Amnesty International, puis par la création de sa propre fondation (Myrrahkir Foundation, basée à Omaha) qui combat l’oppression, la pauvreté et l’ignorance. L’être humain, l’universalité de la condition humaine, constitue ainsi, inlassablement, le dénominateur commun de chacune de ses créations.

Aeppli s’installe définitivement en France dès 1952, partageant tout d’abord un atelier avec son mari d’alors, Jean Tinguely, dans la colonie de l’Impasse Ronsin où Constantin Brancusi vit encore. Les amitiés qu’elle lie à Paris – avec Daniel Spoerri, Jean Tinguely, Niki de Saint Phalle, Jean-Pierre Raynaud ou encore Pontus Hultén – sont consignées dans les Livres de Vie où elle accumule, entre 1954 et 2002, les reproductions de ses oeuvres, la correspondance avec son entourage et les projets artistiques de ses amis. Dans cette autobiographie illustrée s’esquisse le monde complexe d’Eva Aeppli, qui se nourrit autant de la solitude que du dialogue avec son cercle d‘amis proches, avec qui elle noue ponctuellement des collaborations artistiques.

Connectée au monde de l’art parisien, tout en se refusant à rallier l’un des mouvements en vogue à l’époque, elle crée un corpus profondément original au moment où triomphent le Nouveau Réalisme, le Pop Art et l’abstraction lyrique. Si les premiers autoportraits, prenant la forme de poupées vendues dans des magasins de jouets au début des années 1950 ou de dessins au fusain, dévoilent les sentiments personnels de l’artiste, s’expriment ensuite les émotions que lui inspire le monde extérieur, traduites dans de grandes compositions à l’huile. Décrites par l’artiste comme de véritables « extensions de ses peintures », les premières figures textiles réalisées dans les années 1960 succèdent aux toiles. Les poupées à taille humaine sont ensuite réunies dans de grandes installations où les figures assaillent le spectateur dans un mouvement de foule.

En 1976, ses sculptures sont mises à l’honneur dans le Pavillon suisse de la Biennale de Venise et à l’ARC, à Paris. Au-delà de la reconnaissance institutionnelle, cette année marque également un tournant décisif dans la carrière de l’artiste, qui renonce au corps pour se concentrer uniquement sur les visages et les mains de ses sculptures. Les séries des têtesLes Planètes (1975-1976), Les Signes du Zodiaque (1979-1980), puis Les Faiblesses humaines (1993-1994) – réalisées en soie puis coulées en bronze, démontrent enfin la fine observation d’Aeppli de la physiognomonie humaine, sa passion pour la multiplicité des caractères humains.

Cette première rétrospective consacrée en France à Eva Aeppli invite à découvrir la lente gestation de son oeuvre cousu, où s’exprime l’apogée de son art. À l’instar des créations de Louise Bourgeois ou Annette Messager qui dialoguent harmonieusement avec les figures textiles de la sculptrice suisse, l’art d’Eva Aeppli continue d’exercer une influence sensible sur la scène contemporaine. Chacune de ses figures textiles – saisissantes par leurs cris silencieux, leurs traits épurés et pourtant éminemment expressifs, leurs cicatrices dessinées par les coutures – submerge le regardeur de sentiments ambivalents, cette confrontation ne le laissant pas indemne. Mis en scène par Jean Kalman, le parcours se fera l’écho des dualités qui traversent l’oeuvre et la vie de l’artiste.

Commissariat :
Chiara Parisi, directrice du Centre Pompidou- Metz avec Anne Horvath, chargée de recherche /commissaire au Centre Pompidou-Metz