Français

Projection du film Paparazzi

CinémasProjection du film Paparazzi

Samedi 12 avril à 11h30, 14h et 16h

Lieu(x) : Auditorium Wendel
Catégorie : Cinémas
Discipline : Cinémas
Tarif : Entrée libre sur présentation d'un billet d'accès aux expositions, dans la limite des places disponibles
Public : Tout âge
Durée : 22'
Auteur : Jacques Rozier
  avec Brigitte Bardot/ Jean-Luc Godard/ Michel Piccoli/ Jack Palance/ Fritz Lang/ trois paparazzi venus de Rome Texte dit par Michel Piccoli. Voix de Jean Lescot et David Tonelli.

En mai 1963, Jean-Luc Godard dirigeait Brigitte Bardot dans “ Le Mépris ”. Parallèlement, Jacques Rozier suivait au jour le jour la “ gue-guerre ” que se livraient, à Capri, l’équipe du film et trois paparazzi. Polémique et virulent, ce filme tente d’instaurer un dialogue impossible entre les chasseurs, armés de leurs 300 mm, et la proie la plus recherchée à l’époque : Brigitte Bardot.

 

Interview de Jacques Rozier

Jacques Rozier :Godard-Bardot c’était un coup de tonnerre à l’époque: la star médiatique française tourne avec le réalisateur emblématique de la Nouvelle Vague -soit, pour le tout-venant, le mariage de la carpe et du lapin ! Godard je le connaissais, Bardot c’était le point d’interrogation. Je débarque à Rome, j’appelle Jean-Luc qui finissait la partie romaine du tournage, il m’invite à un cocktail pour me présenter Bardot, j’étais un peu impressionné. L’assistant opérateur me dit qu’un phénomène de photographes-pirates est en train d’apparaître: « plein de petits motards en Vespa traquent Bardot partout, on les appelle les paparazzi ». Je vois tout de suite le terme d’un point de vue graphique: il m’apparaît comme un beau titre. C’était un mot que personne ne connaissait encore en France. J’ai pensé que c’était «paperasse» en italien, alors que ça vient du nom d’un personnage de La Dolce Vita, Paparazzo: Fellini a inventé un pluriel à ce nom propre pour nommer ces nouveaux journalistes ! Bref, je dis à Bardot que je vais faire le paparazzi des paparazzi: « ils vous traquent, mais moi je vais les traquer ! ». Elle accepte alors très gentiment mon projet. Parallèlement, j’avais monté mon équipe légère dans l’esprit de ces années: efficace et qui ne se drape pas dans un professionnalisme ostensible et inutile ! J’allais donc ainsi faire Paparazzi.

Jean-Luc voulait tourner à Sperlonga, mais il y a eu une tempête - j’en ai tiré un autre court : Bardot Et Godard, Le Parti Des Choses, en référence à une phrase de Godard qui dit que sur un tournage « il faut prendre le parti des choses, c’est-à-dire le parti des dieux ». Jean-Luc déplace la séquence à Capri. Sur les nombreux paparazzi de Rome, seuls trois débarquent là-bas: ceux que l’on voit dans mon film. Et le hasard fait qu’ils se retrouvent dans le même hôtel que moi. Naturellement ils veulent me tirer les vers du nez. Surtout qu’on racontait que Bardot allait se baigner nue dans la calanque en bas de la villa Malaparte. Ils étaient à l’affût, et moi j’étais un peu entre l’enclume et le marteau: ces trois types étaient plutôt sympathiques, mais j’étais là avec l’accord de Bardot et du producteur Carlo Ponti. Et je ne savais pas quand elle allait se baigner, même Godard d’ailleurs : ça pouvait dépendre de l’humeur, de la météo… Ces paparazzi planqués énervaient Godard et Bardot, mais ils n’ont jamais eu la photo de Bardot nue ! Et puis, Godard était très adroit. Par exemple, il voulait Bardot les cheveux tirés en arrière alors qu’elle tenait absolument à garder sa choucroute: il lui dit que si elle accepte, il s’engage à marcher dix mètres sur les mains… il a remporté son pari !

Pour une séquence j’ai demandé à Bardot d’interpeller face caméra les paparazzi, afin que je les fasse ensuite répondre. C’est un « dialogue » que j’ai construit au montage. J’ai fait du film une sorte de fiction, une véritable histoire avec prologue, développement, épilogue. En plein montage, je tombe dans la rue sur un canard people avec une photo de B.B. dont j’avais la planche-contact : elle m’avait été remise par les paparazzi. Utilisée hors-contexte, on lui faisait raconter n’importe quoi. J’ai repris ça dans le film pour montrer les balbutiements de ces pratiques.

La voix-off de mon film dit « tu » et s’adresse à Bardot. Je tenais à éviter la troisième personne, ou un « je » de polar américain. Certains analystes assez fins y ont vu le tutoiement réservé aux dieux. Bardot s’est montrée au final heureuse du film - et elle ne s’est jamais servi de la liberté que je lui avais donnée de me congédier si ma présence la dérangeait.

Depuis, Godard me dit « quand je vois Paparazzi, je retrouve l’ambiance du tournage du Mépris »… Et moi quand je vois Le Mépris je retrouve mes souvenirs de Paparazzi !

Propos recueillis par Rémi Boiteux