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Phares

ExpositionsPhares

Du 14 février 2014 à 2016

Lieu(x) : Grande Nef
Catégorie : Expositions
Public : Tout âge

Le Centre Pompidou-Metz accueille pour deux ans l’exposition Phares.
La Grande Nef, espace d'exposition unique en Europe par son volume, est l’écrin de cette présentation d’œuvres monumentales issues de la collection du Centre Pompidou/Musée national d’art moderne. La scénographie permet d'offrir de véritables (re)découvertes de dix-huit œuvres qui constituent des jalons de l’histoire de l’art des XXe et XXIe siècles.

De Pablo Picasso à Anish Kapoor en passant par Fernand Léger, Joan Miró, Joan Mitchell ou Yan Pei-Ming, l’exposition présente des œuvres rarement montrées au public en raison de leur format. Parmi les moments forts de l’exposition, Orangé, formes bleu clair de Claude Viallat, toile libre de près de 12,50 m de haut qui n'a pas été vue en France depuis plus de trente ans, ou les reliefs de Robert Delaunay pour le Hall des réseaux du pavillon des Chemins de fer, exécutés pour l’Exposition internationale de Paris en 1937, dont l’ensemble n’a pas été montré en France depuis 1987 (une partie avait été présentée dans l’exposition inaugurale du Centre Pompidou-Metz, Chefs-d' œuvre ?).

Le parcours de Phares, affranchi de toute chronologie, peut se lire comme une déambulation de la figuration vers l’abstraction, avec un étiolement progressif de la figure au profit du paysage puis de l’abstraction, ou encore comme un passage de l’ombre à la lumière, avec une alternance entre des œuvres en bichromie – surtout en noir et blanc – et des œuvres où la couleur explose, allant dans certaines (celles de Dan Flavin et Robert Irwin) jusqu'à la lumière pure. L’exposition propose des salles monographiques et des face-à-face, mettant en valeur des rapprochements historiques, formels ou thématiques. Certaines œuvres sont significatives dans la carrière de l'artiste, et emblématiques de leur pratique ; d’autres en revanche introduisent une partie moins connue de leur travail.

La médiation est un élément essentiel de l’exposition, avec un dispositif de cartels développés pour chaque œuvre, complété par des cartels qui s'adressent spécifiquement aux jeunes publics. Chaque semaine, des visites guidées thématiques permettent d’aborder une sélection d’ œuvres sous un angle original et de renouveler ainsi la lecture de l’exposition. Les thèmes du geste, de la spiritualité, de l’atelier, donnent lieu à une succession de cycles thématiques qui entrera en résonance avec des spectacles et manifestations qui se joueront dans l’espace même de l’exposition, à partir de l’automne 2014. La Grande Nef deviendra ainsi un laboratoire de la création sous toutes ses formes, ménageant des moments forts et de nombreuses surprises.

Une publication accompagnera l’exposition (parution été 2014).

Commissaires :
Claire Garnier, commissaire d’expositions, chargée de mission auprès du Directeur, Centre Pompidou-Metz.
Elle a été co-commissaire de l'exposition 1917 et commissaire de l'exposition Parade (Centre Pompidou- Metz, 2012).


Élodie Stroecken, commissaire d’expositions, chargée de coordination du pôle programmation, Centre Pompidou-Metz.
Elle sera co-commissaire de l’exposition Tania Mouraud (Centre Pompidou-Metz, 2015).

Les œuvres qui suivent sont présentés dans l'ordre du parcours de l'exposition.

Joan Miró (1893-1983)
Personnages et oiseaux dans la nuit, 1974
Huile sur toile, 274,5 × 637 cm

Cette œuvre monumentale est présentée pour la première fois lors d’une rétrospective consacrée à Joan Miró au Grand Palais à Paris en 1974, année de sa création. Le peintre catalan choisit de montrer, pour cette exposition, ses œuvres les plus récentes en écho à ses toiles historiques. Artiste accompli, il s’expose alors véritablement au public, dans la plénitude de son art. Son vocabulaire pictural se déploie majestueusement dans Personnages et oiseaux dans la nuit. À partir de son univers, Miró crée des compositions inédites en combinant à l’infini des signes, qui se transforment au gré de leurs rencontres imprévisibles. Dans un souci d’équilibre, ses œuvres sont imaginées de manière compensatoire, couleurs et signes se répondant harmonieusement. Élément caractéristique de la composition du tableau, le noir envahit l’espace pictural et confère à l’œuvre une atmosphère énigmatique. La couleur, déposée dans un second temps, épouse quant à elle le rythme du dessin sombre.

Yan Pei-Ming (né en 1960)
Survivants, 2000
Huile sur toile
Polyptyque (7 panneaux, 230 × 390 cm chaque)

L’artiste franco-chinois Yan Pei-Ming obtient la reconnaissance internationale grâce à son renouvellement du portrait, ne répondant pas aux critères de ressemblance et d’identification généralement attribués à ce genre. Hérité de ses premières œuvres monumentales respectant l’esthétique de la propagande maoïste, ce format inhabituel propose au regardeur de pénétrer dans les visages comme dans un paysage. Afin de traduire l’universalité de l’humanité, son médium de prédilection est la peinture, qui requiert le « minimum de moyens pour un maximum d’effet ». Son geste vif et spontané ainsi que la bichromie intensifiant les traits contrastent avec le rendu nuancé réaliste. Les césures entrecoupant cette série ouvrent quant à elles un espace de liberté à l’imaginaire de l’observateur. Ces sept panneaux ont été commandés en 2000 lors de l’exposition Épiphanies au centre d’art sacré à Évry, le titre évoquant les réflexions de l’artiste sur la vie après la mort.

Joseph Beuys (1921-1986)
Infiltration homogen für Konzertflügel [Infiltration homogène pour piano à queue], 1966
Piano, feutre, tissu, 100 × 152 × 240 cm

La Peau, 1984
Feutre, tissu

En 1962, alors qu’il exerce en tant que professeur de sculpture monumentale à l’Académie des Beaux-Arts de Düsseldorf, Joseph Beuys se rapproche des protagonistes du mouvement Fluxus avec lesquels il réalise plusieurs performances.

Infiltration homogène pour piano à queue résulte de l’une d’entre elles. Beuys la réalise en juillet 1966 après avoir interrompu un concert de Nam June Paik et Charlotte Moorman. Il fait entrer dans la salle un imposant piano à queue, intégralement recouvert de feutre, matériau isolant à la charge symbolique extrêmement forte dans sa vie et sa pratique artistique. Le sous-titre de l’œuvre, Le plus grand compositeur contemporain est l’enfant thalidomide, fait référence à l’un des scandales pharmaceutiques majeurs de la seconde moitié du XXe siècle et constitue à cet égard un exemple éloquent de la notion de « sculpture sociale » telle que Beuys la développera plus tard. La thalidomide était un médicament prescrit aux femmes enceintes à partir des années 1950 qui a donné lieu à un grand nombre de malformations chez les nouveau-nés. Ce piano, flanqué de deux croix rouges, symboles d’urgence, et dont l’apparence ainsi que le fonctionnement normal sont entravés par cette épaisse peau grise, devient le symbole de ces enfants sacrifiés et de leurs familles, condamnées au silence. L’œuvre a fait l’objet de deux interventions de l’artiste afin de réparer sa fragile enveloppe, en 1976 et 1984. C’est à l’issue de cette seconde restauration qu’il décide d’exposer La Peau à proximité du piano, assumant l’idée du temps qui passe et de son impact sur la vie des œuvres.

Louise Nevelson (1899-1988)
Reflexions of a Waterfall I [Reflets d'une chute d'eau I], 1982
Bois peint, miroirs, 280 × 447 × 42 cm

Originaire de Russie, Louise Nevelson émigre aux États- Unis en 1905. Cet empilement évoque à la fois les volumes cubistes étudiés dans sa jeunesse et la verticalité de l’architecture de sa ville d’adoption, New York. À la suite d’un voyage à Mexico en 1950 au cours duquel elle découvre les façades géométriques des temples ainsi que les fresques murales, l’artiste entame une série de sculptures monumentales juxtaposant verticalement des boîtes rectangulaires. Ses œuvres sont composées d’assemblages de morceaux de bois récupérés peints en noir qui « contient toutes les couleurs » et masque ainsi l’origine des différents fragments. Le noir unifie l’ensemble au sein d’un environnement architectural, créant une atmosphère enveloppant le visiteur. Les miroirs qui parsèment l’oeuvre permettent par ailleurs de jouer sur les ombres et reflets et intensifient l’illusion d’une chute d’eau.

Simon Hantaï (1922-2008)
Tabula, 1974
Peinture acrylique sur toile, 300 × 574 cm

À partir de 1960, Simon Hantaï expérimente une nouvelle méthode de travail, en froissant la toile et en la recouvrant de couleur avant de la déplier. Le peintre hongrois, installé à Paris depuis 1948, introduit ainsi dans sa démarche la notion de hasard et crée « les yeux fermés ». Son geste ne se révèle désormais qu’au moment du dépliage, la peinture participant à sa propre création. L’abstraction pure et minimaliste de Tabula, issue de l’ultime série d’œuvres de Hantaï, est équilibrée par l’obsession géométrique inspirée du souvenir d’enfance des carreaux du tablier de sa mère. La technique employée révèle également un motif poétique que l’artiste qualifiera lui-même d’« étoilement », plus ou moins apparent selon la délicatesse ou la vigueur avec laquelle il réalise son oeuvre. Symbolisant le pliage, la rencontre des angles de chaque carré insuffle un véritable rythme chorégraphique à la toile, scandée par la présence d’intervalles blancs dont la luminosité contraste avec les zones peintes.

Robert Delaunay (1885-1941)
Entrée du Hall des réseaux du palais des Chemins de fer, 1937
4 reliefs peints sur bois, 800 × 400 cm chaque

Cette œuvre a été réalisée à l’occasion de l’Exposition internationale de 1937 à Paris. Après avoir fait l’expérience des limites de la peinture de chevalet, Robert Delaunay explore le format monumental offert par les fresques murales. Leurs dimensions imposantes ainsi que leur lieu d’exposition ouvert au public offrent une large visibilité, épousant l’ambition sociale que le peintre vouait à l’art. Ces quatre panneaux décoratifs illustrent également la volonté de Delaunay d’unir les inspirations créatrices de l’architecture et de la peinture en une synthèse harmonieuse des arts, afin de contribuer à une œuvre totale. L’iconographie synthétique du transport ferroviaire apparaît au coeur de cet ensemble en relief, qui déploie les disques colorés et les rythmes abstraits propres aux compositions de l’artiste. Le mouvement hélicoïdal suggéré par les formes géométriques constitue par ailleurs un hommage au progrès technologique incarné alors par Paris, cité historique et ville de toutes les modernités.

Pablo Picasso (1881-1973)
Rideau de scène pour le ballet Mercure, 1924
Peinture à la colle sur toile, 392 × 501 cm

En 1924, après avoir travaillé pour les Ballets russes de Serge de Diaghilev, et notamment pour Parade (1917), Picasso réalise les décors et costumes du ballet Mercure, dont la musique est conçue par Erik Satie, le thème et la chorégraphie par Léonide Massine, alors séparé de Diaghilev. Mercure est créé le 15 juin 1924 au théâtre de la Cigale dans le cadre des « Soirées de Paris », série d’événements privés organisés par le comte Étienne de Beaumont.
Mercure consiste en une suite de scènes burlesques regroupées en trois tableaux qui tiennent plus de la pantomime que de la danse ; le ballet était d’ailleurs sous-titré Poses plastiques. Les aventures parodiques du dieu Mercure confronté aux hommes ont été conçues par Massine dans un esprit proche du style forain et il s’agissait avant tout d’une fantaisie. Selon les critiques de l’époque, l’intervention de Picasso prévalait sur les créations de Satie et Massine. Pour le rideau de scène, Picasso a choisi de représenter Arlequin et Pierrot, deux personnages de la commedia dell’arte récurrents dans son œuvre.

Fernand Léger (1881-1955)
Composition aux deux perroquets, 1935-1939
Huile sur toile, 400 × 480 cm

Lors des études préparatoires pour la Composition aux deux perroquets, Fernand Léger cherche à ajouter entre les mains de ses personnages un élément qui équilibrerait la composition. La loi des contrastes, qu’il tente alors de déployer, est illustrée par le choix de ces oiseaux bariolés qui forment un îlot chromatique en rupture avec les tons plus sombres dominant la composition. De la même manière, les personnages représentés frontalement s’opposent aux formes géométriques ou organiques et les figures humaines imposantes dénotent avec la légèreté paradoxale qui règne sur la toile. Les éléments constitutifs du tableau – les personnages, les perroquets comme les nuages – sont combinés selon leurs qualités visuelles. Les aplats de couleurs pures sont ainsi délimités par les lignes noires et les formes visiblement soulignées par le dessin. Par ailleurs, cette œuvre immense reprend le format monumental privilégié par Léger, qui souhaitait que son « tableau commande la pièce ». La Composition aux deux perroquets a été présentée dans plusieurs villes des États-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale, avant d’être offerte par l’artiste au Musée national d’art moderne en 1950.

Claude Viallat (né en 1936)
Orangé, formes bleu clair, 1970
Colorants et résine acrylique sur toile, 1233 × 200 cm

Claude Viallat fut l’un des protagonistes du groupe Supports/Surfaces, mouvement majeur de l’avant-garde française des années 1970. À partir de 1966, il systématise une pratique qui constitue désormais sa « marque de fabrique ». Alors que la scène artistique française est dominée par l’École de Paris, les Nouveaux Réalistes et la Figuration Narrative, Viallat entreprend de s’inscrire dans une logique à contre-courant de la peinture classique. C’est alors qu’il la déconstruit en remettant en question ses éléments les plus fondamentaux : la couleur, le pinceau, le châssis, le chevalet ou encore la toile tendue. Une forme de désapprentissage s’amorce ainsi qu’une remise en question totale de sa pratique. Il trouve dans le principe du système une contrainte salvatrice et crée ensuite cette forme caractéristique qu’il applique sur la toile à l’aide d’une plaque de mousse dans un premier temps puis d’un pochoir en carton. Elle n’est « ni figurative, ni organique, ni géométrique, ni symbolique » et en cela, elle interdit tout écart vers l’imaginaire.

Frank Stella (né en 1936)
Polombe, 1994
Acrylique sur toile, 335 × 960 cm

Artiste du minimalisme américain, Frank Stella prône dans les années 1960 une grande radicalité dans le traitement de la peinture. Il réalise alors des œuvres de grand format, les shaped canvases (toiles découpées), où le motif géométrique déployé détermine la forme du tableau. Sa pratique connaît un bouleversement décisif dans les années 1970, lorsqu’il introduit des formes courbes et en relief métallique dans sa peinture, frôlant alors la sculpture. Dans les années 1990, il amorce une étape supplémentaire avec la série des Imaginary Places (Lieux imaginaires) dont Polombe fait partie. Témoin de la complexification de son répertoire, cette œuvre présente un enchevêtrement de formes issues de références personnelles, retravaillées par l’outil informatique dont on devine l’usage par la vectorisation de certaines d’entre elles, qui paraissent encore au stade de l’ébauche. Beaucoup de ses œuvres trouvent leur inspiration dans la littérature classique ou l’histoire. Ainsi, le titre Polombe évoque une cité imaginaire issue d'un célèbre récit du XIVe siècle, le Livre des Voyages de Jean de Mandeville.


Pierre Soulages (né en 1919)
Peinture 202 x 453 cm, 29 juin 1979, 1979
Huile sur toile (diptyque), 202 × 453 cm

Enfant, Pierre Soulages dessina un paysage enneigé à l’encre de Chine, contrastant avec le blanc du papier. Il restera dès lors fidèle au noir, tentant inlassablement d’en révéler les infinies variations et intensités. Chaque création s’inscrit dans une unité dont la temporalité est soulignée par son titre, dévoilant son format et sa date d’achèvement. Appréhendées comme des objets, ces peintures explorent la matérialité du médium, sans se soucier d’exprimer les états d’âme de l’artiste et en évacuant toute interprétation du geste. C’est en 1979, à l’occasion de l’exposition Soulages, peintures récentes au Centre Pompidou, qu’il dévoile au public ses premières toiles « outrenoires », terme employé par l’artiste luimême à partir de 1990 et désignant « un espace ‘’autre’’, devant la toile même ». Peinture 202 x 453 cm, 29 juin 1979 fait partie de cet ensemble qui incarne une réinvention dans son oeuvre. « Couleur de lumière » selon Soulages, le noir est sublimé par l’observation active du regardeur qui modifie la perception du pigment à mesure qu’il se déplace en contemplant la toile.

Jean Degottex (1918-1988)
Aware II, 28.3.1961, 1961
Huile sur toile, 202 × 350 cm

Au cours d’un séjour à Portsall dans le Finistère lors de l’été 1954, Jean Degottex peint sur le motif le littoral breton. L’artiste autodidacte abandonne alors toute volonté de représentation au profit d’une interprétation du paysage comme support de méditation. André Breton lui transmet sa passion pour la culture orientale à la même époque. Influencé par la calligraphie japonaise et chinoise, Degottex délie son écriture d’un trait vif et assuré, que l’observateur peut retracer en suivant la courbe des signes. Pour la première fois, l’artiste peint sur une toile de taille monumentale, qui traduit l’engagement absolu de son corps et de son esprit. Le titre de l’œuvre fait d’ailleurs référence au « Furyu », un ensemble de principes d’élégance, de finesse et de beauté définissant l’état d’esprit Zen. Parmi les quatre états fondamentaux de cette doctrine philosophique, Aware évoque la conscience du caractère éphémère des choses.

Pierre Alechinsky (né en 1927)
Le Monde perdu, 1959
Huile sur toile, 204 × 308 cm

Membre actif du mouvement CoBrA (acronyme de Copenhague, Bruxelles, Amsterdam) entre 1949 et 1951, Pierre Alechinsky s’initie par la suite à l’art chinois de la peinture. Abandonnant son chevalet, l’artiste pose la toile à plat, à même le sol. Sa position nouvelle, en surplomb, invite son corps à se déployer, libérant le pinceau. Lors de son unique voyage au Japon en 1955, Alechinsky découvre la philosophie Zen et la discipline calligraphique. Dès lors, il transpose cette maîtrise picturale dans ses travaux à l’encre de Chine comme à l’acrylique, d’éclaboussures en traits cursifs. La technique employée dans cette huile sur toile, dont la texture rappelle la finesse du papier, adopte la souplesse, l’amplitude et la rapidité du geste propres à la calligraphie. Des arabesques peuplent ainsi la composition, construite autour de la fenêtre centrale. Enfin, l’influence littéraire de ce « peintre écrivant » est illustrée par le choix du titre de l’oeuvre, inspiré du célèbre roman d’aventures d’Arthur Conan Doyle Le Monde perdu.

Sam Francis (1923-1994)
In Lovely Blueness (No. 1) [En bleu adorable (n° 1)], 1955-1957
Huile sur toile, 300 × 700 cm

À l'issue de la Seconde Guerre mondiale, des bourses d'études destinées aux anciens GI américains sont mises en place et permettent à de nombreux jeunes de traverser l’Atlantique afin de se former auprès d’artistes français. C’est par ce biais que Sam Francis arrive à Paris en 1950 alors que l’abstraction lyrique et l’art informel sont omniprésents. Au cours des années 1950, un groupe se forme autour du critique Georges Duthuit, gendre de Matisse, et compte parmi ses rangs Francis. Il développe dans un premier temps une série de peintures blanches, résultant de sa découverte de la lumière méditerranéenne dans le sud de la France. Dès lors, la couleur est au coeur de ses préoccupations. In Lovely Blueness est traversée par l’influence des voyages qu’il effectue au cours de ses années parisiennes. La décomposition en cellules colorées de sa peinture lui est inspirée par les mosaïques byzantines vues en Italie et son intérêt tout particulier pour le blanc est éveillé au Japon. Prélude de ses toiles bleues des années 1960 ainsi que de l’apparition de très grands formats, cette œuvre inspirée par le poème de Friedrich Hölderlin In lieblicher Bläue…, clôt le séjour en France de Francis.

Joan Mitchell (1926-1992)
La Grande Vallée XIV (For a Little While) [La Grande Vallée XIV (Pendant un petit moment)], 1983
Huile sur toile (triptyque), 280 × 600 cm

Joan Mitchell étudie à l'Art Institute de Chicago et y découvre la peinture de Paul Cézanne, Édouard Manet et Pablo Picasso, dont l'influence se révèlera sur sa pratique. Rattachée à la seconde génération des peintres expressionnistes abstraits de l'École de New York, elle n’est à proprement parler ni peintre abstraite, ni paysagiste et privilégie l'expression de sentiments et de souvenirs personnels dans sa peinture. À la recherche d’une distance salvatrice vis-à-vis de l’agitation de la scène artistique américaine de l’époque, elle s'installe en France en 1959, pour ne jamais la quitter. Elle se retire en 1968 à Vétheuil dans le berceau des impressionnistes où elle achète une maison qui domine la vallée de la Seine et consacre tout son temps à la peinture. Le triptyque intitulé La Grande Vallée XIV est issu d'une série de toiles du même nom que l'artiste réalise entre l'automne 1983 et l'été 1984, et fait référence au deuil de sa sœur décédée peu de temps auparavant. Mitchell veut peindre le « sentiment d'un espace », celui de l’enfance partagée avec cet être cher, offrant une traduction colorée et gestuelle d'expériences sensorielles et émotionnelles.

Anish Kapoor (né en 1954)
Sans titre, 2008
Fibre de verre, résine et peinture, profondeur 150 cm, diamètre 302 cm

Anish Kapoor, artiste britannique d’origine indienne qui se considère autant sculpteur que peintre, a acquis la reconnaissance internationale grâce à ses œuvres composées de formes géométriques recouvertes de pigments purs. La dimension spirituelle de son œuvre réside dans sa quête d’un monde poétique infini au-delà du visible, qui émergerait au cœur de notre espace matériel. Cette œuvre réfléchissante, minutieusement polie, participe à cette réflexion en renversant littéralement l’espace environnant. L’expérience sensorielle résultant de l’utilisation du miroir concave bouleverse profondément notre perception et parvient à rendre visible le vide. Ces miroirs non narcissiques, au lieu de renvoyer une image mimétique de la réalité, exaltent les distorsions et les illusions, en jouant sur les rapports entre vide et plein, intérieur et extérieur, matériel et immatériel. L’artiste souligne également les propriétés réfléchissantes de l’oeuvre en employant un rouge profond, permettant simultanément d’absorber et de refléter la lumière.

Dan Flavin (1933-1996)
untitled (to Donna) 5a, 1971
Tubes fluorescents, métal peint, 244 × 244 × 139 cm

Figure de l'art minimal américain, Dan Flavin développe un nouveau langage plastique qui contribuera à sa renommée à partir de 1963, en réalisant des œuvres exclusivement à partir de tubes fluorescents. Il atteint alors un degré d’épure inédit en faisant appel à un matériau industriel. À la frontière entre peinture et sculpture, ses compositions lumineuses s’intègrent dans des espaces spécifiques et parfois inhabituels. Exemple de cet art « situationnel », untitled (to Donna) 5a est issue d'une série d’œuvres disposées dans l'angle formé par deux murs, doublant ainsi les surfaces de réflexion de la lumière. Les deux sens de diffusion (vers le mur et vers le spectateur) aplatissent le volume en creux du coin de murs d’un côté et remodèlent l’espace d’exposition de l’autre. Depuis ses débuts, Flavin a coutume de dédier ses œuvres à des poètes, des artistes ou encore aux personnes qui œuvrent dans les coulisses du monde de l’art. Donna, à qui cette œuvre fait référence, serait une jeune femme qui travaillait au sein de sa galerie new-yorkaise au moment de la création de l’œuvre. « 5a » constitue le numéro de cette œuvre précise dans la série dont elle est issue.

Robert Irwin (né en 1928)
Sans titre, 1967-1968
Peinture acrylique sur disque en Plexiglas, 4 lampes, diamètre du disque 137,5 cm

À la suite des Dots Paintings, ensemble de toiles aux bords recourbés, Robert Irwin s’interroge sur la nécessité en peinture de s’exprimer dans les limites d'un cadre. La série des Discs, dont fait partie l'œuvre présentée ici, joue sur l'illusion de la dissolution d'un cercle de plexiglas convexe sur son mur d'accroche. Robert Irwin réussit à éliminer une nouvelle fois les quatre angles de sa « peinture », qui irradie en son centre et forme une rosace lumineuse aux contours flous. Le regardeur, plongé dans une expérience sensorielle inattendue, ne peut déterminer si cette forme ronde originelle est concave, convexe ou plane, ni à quelle distance elle se situe exactement. Cette œuvre évanescente, dont le matériau premier est la lumière, répond à l’ambition du mouvement californien Light and Space, qui éclot à la fin des années 1960 et tend vers la dématérialisation de l’œuvre d’art. L'ensemble des Discs (1966-1969) constitue la dernière entreprise picturale de l'artiste avant qu'il ne s'engage dans la création d'environnements perceptifs et d'installations contextuelles (site specific), basés sur l’expérience du public.

Tous les vendredis à 14h
Du 19 septembre 2014 au 2 janvier 2015 : Parcours Figuration et abstraction
Du 9 janvier au 03 avril 2015 : Parcours Couleur
VISITE GUIDÉE - AU CŒUR DE PHARES
60'- 3€ (Achat des billets sur place en complément du billet d'entrée)

Dimanche 28 décembre 2014 de 13:00 à 17:00
Performance
TENTATIVES D’ÉPUISEMENTS (1) : THÉORIE PRATIQUE
AURÉLIE GANDIT
Déambulant dans les espaces, Aurélie Gandit lit. Debout, allongée, assise, tête en bas, elle lit une page, puis l’arrache, et l’offre à un visiteur ou la laisse à disposition pour les prochains. Que lit-elle ? L’anthologie Art en théorie 1900-1990, dont les mots font écho aux œuvres présentées et parce que « la théorie sans la pratique ne vaut rien ». À travers cette lecture-performance, l’artiste brise les barrières entre les mots, l’architecture et la danse, en les réunissant dans les salles d’exposition.
GRANDE NEF
En continu - Entrée libre sur présentation d’un billet d’accès aux expositions

Samedi 31 janvier 2015 à 16:00
VISITE DANSÉE JEUNES PUBLICS (8-12 ANS)
AURÉLIE GANDIT
La danseuse Stéphanie Court mène les enfants à travers l’exposition Phares pour une (re)découverte par la danse et les mots de quelques-unes des œuvres monumentales qui constituent des jalons de l’histoire de l’art des XXe et XXIe siècles.
GRANDE NEF
60' - Entrée libre sur présentation d’un billet d’accès aux expositions

Dimanche 1er février 2015 à 16:00
VISITE DANSÉE TOUT PUBLIC
AURÉLIE GANDIT
Créée pour l’exposition Phares, cette pièce chorégraphique déambulatoire invite le visiteur à (re)découvrir les œuvres de l’exposition commentées et interprétées. Aurélie Gandit fait osciller le sensible et le savoir : la danse ouvre le regard et l’œil écoute.
GRANDE NEF
60' - Entrée libre sur présentation d’un billet d’accès aux expositions

Du jeudi 29 janvier au jeudi 5 février 2015
PUBLIC COLLECTION (NEW WORK)
ALEXANDRA PIRICI & MANUEL PELMUS, ARTISTES
Après la Rétrospective immatérielle de la Biennale de Venise (2013) et « Just Pompidou it. Rétrospective du Centre Pompidou » dans le cadre du Nouveau Festival 2014, le nouveau projet des artistes Alexandra Pirici et Manuel Pelmus propose une exploration de moments iconiques de l’histoire de l’art récente et leur réactivation par le biais du corps. Une certaine idée de l’histoire de l’art et de la monumentalité de ses productions est ainsi réinventée et réinvestie dans l’éphémère de l'action qui se déroule afin de questionnner la production immatérielle.
Création en cours
Première jeudi 13 novembre au M Museum Leuven.
Tarif : Entrée libre sur présentation d’un billet d’accès aux expositions
Co-production Playground festival - M Museum Leuven, Centre Pompidou-Metz

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