Français

Colloque "1917 et après ?"

Rencontres / conférencesColloque "1917 et après ?"

Jeudi 20 de 9h15 à 18h et vendredi 21 septembre 2012 de 9h15 à 18h

Lieu(x) : Auditorium Wendel
Catégorie : Rencontres / conférences
Discipline : Symposium
Tarif : Entrée libre en fonction des places disponibles
Public : Adultes
  Intervenants : Kader Attia, Nicolas Beaupré, Annette Becker, Andreas Beyer, Philippe Dagen, Claire Garnier, Marie Gispert, Hélène Guenin, Roland Huesca, Godehard Janzing, Jean-Jacques Lebel, Laurent Le Bon, Peter Read, Hubert van den Berg, Laurent Véray, Joseph Zimet.

En clôture de l’exposition 1917, le Centre Pompidou-Metz et le Centre allemand d’Histoire de l’art proposent un colloque qui se tiendra les 20 et 21 septembre au Centre Pompidou-Metz.
Organisé en collaboration avec la Mission pour le centenaire de la Première Guerre mondiale, l'HiCSA (Histoire Culturelle et Sociale de l'Art)  et le Goethe–Institut de Nancy, ce colloque reviendra sur les grandes thématiques de l’exposition.

Matin
Thème : LA FOLIE MEURTRIÈRE

  • 9H15 - Accueil par Andreas Beyer, Directeur du Centre Allemand d’Histoire de l’Art et Laurent Le Bon, Directeur du Centre Pompidou-Metz et Claire Garnier, co-commissaire de l'exposition 1917.
  • 10H30 - GUERRE, DÉPRESSION, INTERNEMENT
    Philippe Dagen, Directeur de l’HiCSA, Université Panthéon Sorbonne Paris-I, conseiller scientifique de l’exposition 1917
    Beckmann, Warburg, Kirchner : dans leurs biographies, la même mention, « dépression » ou    « effondrement nerveux » en 1915 ou 1916, suivie de soins et d’internements volontaires ou subis. Ainsi le peintre Kirchner et l’historien de l’art Warburg se succèdent-ils dans la clinique Bellevue, sur les bords du lac de Constance.  Ces faits, signalés mais peu étudiés, valent que l’on s’y arrête d’autant plus qu’ils ne sont qu’emblématiques des cas psychiatriques causés par les combats et l’angoisse durant toute la période du conflit. Pour Beckmann et Kirchner, s’ajoute une question qui retentit tout au long du siècle et jusqu’à aujourd’hui : peut-on dessiner ou peindre en état de dépression ? Et, si tel est le cas, quoi et comment ?
  • 11H30 - "TOMBÉ AU CHAMP D'HONNEUR". BASCULEMENTS D'UNE ICONOGRAPHIE
    Godehard Janzing, Directeur adjoint du Centre Allemand d’Histoire de l’Art
    Pour décrire la mort à la guerre, dans les pays germanophones, l'image de la chute est fréquente : le combattant tué est nommé "Gefallener" (tombé), évoquant une agitation aussi brusque que fatale vers le bas. Le coup du sort prend la forme d'un mouvement vertical, d'un abaissement, d'une descente. Quel est l'impact de cette métaphore sur les représentations visuelles des morts pour la patrie, qui exigent plutôt une forme d'élévation, ou même de surévaluation ?

Après-midi
Thème : 1917 EN IMAGES : IDÉOLOGIES, PROPAGANDE ET DÉTOURNEMENT

  • 14H30 - AVANT-GARDE ET PROPAGANDE CULTURELLE
    Hubert van den Berg, Professeur d’université, UFR d’Études Néerlandaises, Faculté des Lettres et Civilisations Anglaises, Université Adam Mickiewicz, Poznan, Pologne
    Les combats de la Grande Guerre ne se livraient pas seulement sur les champs de bataille. Pour la première fois, la propagande était capitale à l’effort de guerre. Au-delà des événements militaires et de la propagande ordinaire, les artistes et écrivains d’avant-garde ont joué un rôle considérable dans la promotion des idéologies. Cette propagande culturelle, bien que documentée dans les archives nationales, a pourtant été largement ignorée par l’historiographie moderne. Dans chacun des deux camps, il s ‘agissait davantage de se présenter en garant et promoteur de la culture moderne que de défendre une opinion politique. Ainsi, quelques exemples remarquables, à l’image du mouvement artistique suisse Dada instrumentalisé par la propagande allemande, ou de l’implication de philosophes en herbe comme Ernst Bloch et Walter Benjamin ou des dadaïstes comme Hugo Ball et Hans Richter, dans la propagande culturelle française.
  • 15H30 - RECYCLAGES, READY-MADE, UNE CONCOMITANCE ÉNIGMATIQUE
    Jean-Jacques Lebel, Artiste plasticien, écrivain, créateur de manifestations artistiques, conseiller scientifique de l’exposition 1917
    La « Der des Ders » fut un trauma humain et un désastre d’une ampleur et d’une gravité sans précédent. De nouvelles technologies militaires s’y développèrent : gaz de combat, aviation, tanks, sous-marins, photographie, cinéma. Surtout, cette guerre d’anéantissement n’a pas visé que les armées adverses, elle a victimisé les populations civiles, les villes et les villages. Alors que les futuristes avaient chanté la militarisation à outrance, les dadaïstes s’y opposèrent radicalement. Le mécanomorphisme de Picabia, les ready-made de Duchamp, la poésie sonore de Ball furent autant d’actes de rébellion contre les consensus culturels et les nationalismes. Parallèlement, dans l’horreur sans nom des carnages et des combats au corps à corps, est né un recyclage massivement pratiqué par les poilus de tout bord et de toute origine, bricoleurs anonymes et inventifs, qui ont détourné les douilles ou éclats d’obus et autres engins meurtriers pour les métamorphoser en ustensiles pacifiques. Depuis leurs immondes tranchées inondées ou leurs ateliers de fortune, ils ont contribué à leur manière au triomphe discret mais incontestable de l’instinct de vie sur l’instinct de mort.
  • 16H30 - Pause
  • 17H - LA CRÉATION ALLEMANDE EN 1917 : ENTRE ISOLEMENT ET PREMIERS REGROUPEMENTS
    Marie Gispert, Maître de conférences à l’HiCSA, Université Panthéon Sorbonne Paris-I
    La déclaration de guerre en 1914 voit une Brücke déjà dissoute et met fin aux activités du Blaue Reiter. Les « expressionnistes » rendent donc compte individuellement de leur expérience de la guerre. C’est également de manière très personnelle que les différents artistes allemands témoignent du front ou de l’arrière. Pourtant, au-delà de ces différences, des similitudes s’imposent. La violence de l’événement fait voler en éclats les acquis artistiques précédents et oblige à la fondation d’un nouveau style qui semble le plus souvent trouver sa maturité précisément vers 1917. Changement de medium, agressivité du trait, nécessité de certains thèmes – l’explosion, le quotidien mais aussi l’autoportrait –, sont autant de points communs à plusieurs artistes allemands. De manière plus concrète encore, des associations ou des galeries fondées juste avant guerre, comme la Freie Secession ou Der Sturm, poursuivent leurs activités pendant la guerre, permettant de rapprocher par leurs œuvres des artistes éloignés par les combats. De nouveaux regroupements se font jour également, autour de Dada qui s’exporte à Berlin après-guerre ou des activités de la maison d’édition Malik Verlag fondée l’année précédente, augurant des groupes d’artistes très politisés de l’immédiat après-guerre.

Matin
Thème : 1917 : UN PANORAMA DE LA CRÉATION

  • 9H00 - Accueil
  • 9H15 - ENTRE RAPPEL À L’ORDRE ET ESPRIT D’AVANT-GARDE : PARADE ET PARIS EN 1917
    Peter Read, Université du Kent, Canterbury, Royaume-Uni
    Depuis le début de la Grande Guerre, la ville de Paris, constamment menacée d’invasion, subit successivement les raids aériens des Tauben, des Zeppelins et des Gothas. A un climat d’insécurité répond une quête généralisée de valeurs rassurantes, le plus souvent traditionnelles.  Picasso réalise en 1915 le portrait ingresque de son ami Max Jacob, dessin publié l’année suivante dans la revue L’Élan ; par la suite, à Montparnasse, un nombre important d’artistes novateurs adoptent des formes d’expression à tendance classique ou figurative. En mai 1917, le rideau de scène de Parade semble marquer publiquement le triomphe d’un tel retour à l’ordre esthétique. L’ensemble du ballet témoigne davantage, toutefois, de la vitalité d’un contre-courant culturel, puissant et diversifié, animé d’un esprit d’avant-garde résolument insoumis. Apollinaire invente alors le mot « surréalisme » et dans la revue Nord-Sud rappelle que « la routine, la vieillesse et la vieillerie sont aussi des armées ennemies »…
  • 10H15 - DU SPIRITUEL DANS L’ART ET DANS LA DANSE EN PARTICULIER
    Roland Huesca, Professeur d'histoire et d'esthétique du spectacle vivant à l'Université de Lorraine, Metz (Dernier ouvrage paru : Danse, art et modernité, PUF, Lignes d'art, 2012)
    Dès 1912, Vassili Kandinsky montre comment, face à la perte de puissance des idéaux de l’Occident chrétien, des espaces de pensée inédits inventent, au cœur de l’immanence, des spiritualités singulières. Romantique et métaphysique, son intuition mystique s’enrichit sans fin du Principe de la nécessité intérieure. Au cœur de la Grande Guerre, la danse n’est pas étrangère à ce moment de pensée et d’action. Se ressourçant à l’orbe de la nature, revisitant ses rapports entre l’individu et le collectif, posant un regard nouveau face aux forces de l’instinct, elle entre de plain-pied dans la modernité. Entre quête de soi et puissance de la psyché, l’heure est à la dénonciation de l’emprise du positivisme, du progrès et de la raison technico-scientifique. Peu à peu, ce nouveau partage du sensible redéfinit la place de l’artiste dans la société ; il est désormais celui qui voit et qui guide l’humanité vers de nouveaux horizons.
  • 11H15 - ÉCRIRE LA GUERRE : ÉCRIVAINS ET POÈTES COMBATTANTS
    Nicolas Beaupré, Maître de conférences en histoire à l'Université de Clermont-Ferrand II - Blaise Pascal, membre de l'IUF et membre du centre international de recherche de l'Historial de la Grande Guerre de Péronne
    Pendant la Grande Guerre, écrivains devenus combattants et combattants devenus auteurs ont massivement pris la plume pour dire et raconter la guerre. Ce faisant, ils ont contribué à forger des représentations du conflit, à faire émerger la figure de l’écrivain-combattant et à « inventer » « l’expérience de guerre ». La communication se propose d'évoquer de manière comparative l'émergence parallèle chez les différents belligérants de cette littérature de guerre et, après en avoir dessiné les grandes caractéristiques, d’interroger l'originalité et le caractère transnational d'un phénomène littéraire qui appartient en plein à l'histoire culturelle de la Grande Guerre.
  • 12H15 - LE DÉVELOPPEMENT DU FILM COMPOSÉ EN 1917 : ENTRE TRADITION ET EXPÉRIMENTATIONS SPECTACULAIRES
    Laurent Véray, Professeur à l’Université de Paris-III Sorbonne-Nouvelle, conseiller scientifique de l’exposition 1917 pour le cinéma

    Dans cette communication, après un rapide panorama sur la production cinématographique française (films d'actualité, documentaires et de fiction) durant l'année 1917, il s'agira d'évoquer en priorité ce que l'on appelle à l'époque les "films composés". C'est-à-dire des assemblages de plans d'origines variées, récupérés dans les stock-shots, organisés en un tout cohérent (parfois à l'aide d'une trame fictionnelle) pour illustrer un sujet lié aux événements de la guerre. Nous verrons ensuite comment ces films de réemploi (courts ou longs métrages), à la structure hybride, qui remédiatisent des matériaux archivistiques sous différentes formes (documentaires, chansons filmées, films pour les emprunts nationaux...) proches du principe du collage, ont été une source d'inspiration pour la conception du montage "Théâtres de guerre - 1917" présenté en boucle dans la Grande Nef de l'exposition.

Après-midi
Thème : COMMÉMORER / EXPOSER LA GUERRE

  • 14H30 - MÉMOIRES DE 1917, MÉMOIRES CONTEMPORAINES
    Annette Becker, Historienne, Professeur des universités, Université de Paris-Ouest Nanterre-La Défense, Institut Universitaire de France.
    De nombreux artistes ont récemment créé des œuvres « monuments aux morts », ainsi Jochen Gerz, Alain Fleischer, Haïm Kern, Ernest-Pigon-Ernest, Christine Canetti, Anne Cindric, Pierre Buraglio. Comment  interprètent-ils les souvenirs de la Grande Guerre, et singulièrement ceux de 1917 « sous le regard des morts » (Alain Fleischer) ?
  • 15H30 - Kader Attia, Artiste
    Invité dans le cadre de la Documenta XIII Kader Attia a produit une oeuvre remarquable The Repair from Occident to Extra-Occidental Cultures, développée à partir de la question de la "réappropriation culturelle", régulièrement envisagée dans son travail. Lors de voyages et séjours en Algérie et au Congo, l'artiste a été fasciné par les réparations ostensibles effectuées sur les objets africains. Réalisées sous forme de coutures ces réparations proposent une étrange hybridation en intégrant des matériaux 'coloniaux', offrant ainsi une esthétique hétérogène. L'installation à Kassel propose un rapprochement éclairant et stimulant entre ces objets et les essais de chirurgie réparatrice opérés sur les gueules cassées de retour du front de la Première guerre mondiale. Elle soulève des questions essentielles sur les différents concepts éthiques et esthétiques de la réparation et sur la question de la guérison après une période traumatique.
  • 16H30 - Pause
  • 17H00 - Joseph Zimet, Directeur général de la Mission du centenaire de la Première Guerre mondiale
  • 18H00 - Clôture du Colloque

Soir